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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 20:09

 

ATELIER DE CREATION DE COLLAGES PAR LUC FAVARD AU PRIEURE

 

 

     Au gré des pages que nous tournons, les images des magazines défilent sous nos yeux. Certaines nous inspirent, quelques unes. Nous les reconnaissons. Elles nous parlent, nous touchent, nous regardent…nous attendent. Nous les attendions aussi. Elles ont le pouvoir de nous fasciner, nous happer. Nous nous arrêtons alors sur ces visages, ces paysages, ces corps, aussi des figures symboliques, signes, couleurs, formes ou mots. Notre enthousiasme intime alors mobilisé – son étymologie enthousiasmos décrit une inspiration ou possession par le divin ou par la présence d’un dieu…ici les Muses, ordonnatrices de cette troisième  folie bienfaitrice à la disposition des hommes, la poiésis ou fabrication/invention artistique telle que la décrit Platon dans le dialogues du Phèdre -, nous prélevons peu à peu ces pages attractives et les posons en pile sur notre plan de travail. Puis, dans notre conscience, un fil conducteur invisible se dessine et se tisse entre ces images. Dès lors, nous les découpons et les disposons devant nous, les combinons entre elles, les relions à notre manière en une architecture, une danse…en tout cas une forme singulière et multiple, apte à nous convenir parfaitement... porteuse aussi d'une histoire évocatrice et juste à nos yeux. Au fur et à mesure de notre progression, au vu du signifiant des images-formes, des signes, des symboles collectés exposés sous nos yeux dans leurs liens fabriqués par nos soins, nous sommes attentifs à notre expérience intérieure, aux manifestations de notre âme enthousiasmée, dans ses quatre fonctions telles que les décrit  C.G. Jung : intuitions, sensations, sentiments, pensées...et ainsi nous avançons pas à pas. De manière concomitante, cette attention à nous-même et à notre collage/photomontage guide aussi notre expérience, notre aventure présente, en créé le sens. Autant de formes découvertes qui révèlent notre essence propre, notre singularité indéfectible. Nous pouvons alors vérifier en notre for intérieur la pensée du philosophe néo-platonicien Iranien Sohravardi (XIIe siècle). Elle précise le caractère doublement créateur d’une imagination inspirée. Si elle est en effet créatrice de formes, elle est aussi créatrice de sens. Cet « organe » en nous créé le sens que notre création artistique a pour nous, soit, de manière générale,  une vision intuitive plus précise de l’aventure de notre vie, notre processus d’individuation. Nous inventons/découvrons des formes qui font sens pour nous. A différents niveaux. Sans doute, de manière  prosaïque, parce que certaines peuvent nous rappeler des questionnements sur notre vie quotidienne (amoureuse, familiale, sociale…) de par les signes véhiculés sous nos yeux, nous ramener à des souvenirs inconscients, des blocages mentaux, nous révéler des réponses intuitives, des solutions…provoquer des délivrances, nous ouvrir à des libertés jusqu'alors non autorisées. Sans doute aussi parce que d'autres, plus mystérieuses,  préexistent en notre conscience. Oui, aidés aussi par les symboles, nous découvrons étonnés,  troublés, le monde autonome de notre âme, fait de paysages paradisiaques et peuplé de personnages, d'animaux « fantastiques ». C’est le monde imaginal décrit par le philosophe Henry Corbin (XXe siècle), ce monde intermédiaire évoluant entre notre monde du sensible et le monde de l’intelligible pour reprendre les termes de Platon. Entre ces deux mondes, l’imaginal fait lien. Et nous pouvons en faire l’expérience dans nos sensations organiques, notre conscience aussi, lorsque nous créons ainsi de manière inspirée. A savoir que nous vivons cette troublante sensation – en créant sur le papier des « formes-matière » typifiant le monde de notre âme – de matérialiser de l’esprit et de spiritualiser de la matière. Nous mobilisons ainsi des échanges fructueux entre ces mondes. Après un long temps de jachère, ces nouveaux territoires intérieurs que nous découvrons déploient leur fécondité. Et si nous ne le faisons pas, si nous n’oeuvrons pas dans le sens de la vie, de la découverte de nous-même, du dévoilement de notre âme, de notre réalité double, humaine et divine, si nous ne vivons pas cette énergie du Va vers toi…si nous ne dévoilons pas ni ne déployons notre beauté, par exemple avec cet art du collage accessible à tous par sa facilité déconcertante, merveilleuse de par son foisonnement possible de couleurs, de formes conjuguées, disponibles sous nos yeux, nos doigts... qui le fera à notre place, qu’attendons-nous ?

Oui, ces collages en cours de création ou créés, nous parlent de nos vies, de nos mémoires profondes, de nos recherches intérieures invisibles et clandestines (« Ce que je trouve m’apprend ce que je cherche » confie le peintre Pierre Soulages). Ils pointent le doigt sur notre troisième œil et sur là où nous en sommes de notre intégration des archétypes. De là où nous en sommes de notre rapport à l’inspiration offerte, à notre Ange (dans son sens sohravardien).

Avant de pouvoir vivre cette ouverture à notre lumière, cette délicatesse, ce rapport sensible à nous-même, il est à prévoir que lors de notre création, différentes étapes préalables peuvent se révéler incontournables : une déroute créative…augurant d'un engagement ultérieur sur notre  route singulière alors solidifiée, des phases régulières de consolidation structurante imagée liées à notre confrontation à notre obscur, notre ombre. A cet effet, le collage présente des avantages liés à son sens écologique de la personne. Il sait respecter notre rythme psychique, notre degré de capacité d’intégration du neuf en nous. Pour au final aboutir à sa contemplation sous la forme d’un carnet intime, d’un tableau petit ou grand format…une fierté possible, source d'un épanouissement profond, d’une estime de soi probante et indiscutable, authentique. Aussi renouvelée…car  après avoir fabriqué quelques collages, très vite nous pouvons faire l’expérience forte, puissante, d’une reliance entre le désir artistique formel conduit par notre œil, notre main et celui, formel aussi dans sa métamorphose en cours, de notre esprit. Soit une union se faisant peu à peu entre notre manière de créer formes et couleurs et – à la vision de ce que nous réalisons, génératrice de libérations, d’intégrations successives – notre accomplissement personnel et transpersonnel. Cette expérience se révèle être le dévoilement progressif de notre style, singulier, unique. Notre style artistique et notre style d’être se  conjuguent ainsi dans une cohérence heureuse. Notre voie.

 

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Published by luc

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